Après « Le monde selon Monsanto » et « Notre poison quotidien », Marie-Monique Robin revient avec un troisième documentaire, « Les moissons du futur ».
Vous enquêtez sur les OGM et les substances chimiques présentes dans les produits de consommation courante, et maintenant sur l’ agro-écologie . Pourquoi avez-vous choisi de travailler sur ces questions ?
J’essaie toujours d’ouvrir des « boîtes noires », de déconstruire des vérités établies. Après les OGM de Monsanto et les doses de poison « admissibles » que nous ingurgitons au quotidien sans le savoir, j’ai voulu m’attaquer à une vérité établie, celle qui prétend qu’il n’est pas possible de nourrir le monde sans pesticides. Les gens que je rencontre lors des projections de mes films me demandent souvent si on peut faire autrement. Avec ce film, j’ai voulu apporter une réponse. Et ce que j’ai découvert a dépassé tout ce que j’avais espéré. L’agro-écologie* est loin d’être archaïque puisque c’est un savant mélange entre le savoir-faire paysan et les innovations scientifiques. Maintenant je peux dire que le modèle agro-industriel actuel est un échec, parce que nous ne nourrissons déjà pas tout le monde malgré l’usage massif de pesticides, et que des alternatives sérieuses existent. J’en suis convaincue: on peut nourrir le monde sans pesticides.
On accuse souvent les journalistes de prendre partie ou d’être anxiogènes.Comment faire la différence entre information et militantisme?
Pour répondre à ses attaques, je fais souvent référence à Alexis de Tocqueville, qui considérait que toute démocratie qui se respecte doit avoir un 4e pouvoir, la presse, qui doit oeuvrer pour le bien commun. Le journaliste n’est pas là pour faire plaisir ou pour relayer la propagande de certains grands groupes. Il est censé partir en guerre contre les vérités établies et les mensonges. Il faut mobiliser les gens, non pas contre quelque chose, mais pour quelque chose. Et puis, je ne vois pas en quoi c’est anxiogène de dire la vérité. Pour moi, savoir, c’est pouvoir. Ce qui est anxiogène, c’est de constater que certaines substances nous rendent malades. Il faut que les gens sachent d’où ça vient, qu’ils arrêtent de penser que c’est une fatalité, pour ensuite apprendre à se protéger.
Quel sera votre prochain cheval de bataille ?
Je vais m’intéresser à la croissance, pour comprendre comment cet indicateur économique est devenu un dogme intangible, alors même que les ressources naturelles commencent à manquer. Dans « Sacrée croissance », on découvrira des alternatives, avec plusieurs volets sur l’agriculture, les échanges et services et l’énergie. Je veux montrer qu’un autre modèle est possible, sans pour autant revenir à la bougie.
Les moissons du futur ou comment l’agro-écologie peut nourrir le monde
Pour ce troisième documentaire, Marie- Monique Robin a parcouru le monde à la rencontre des paysans européens, africains, américains ou japonais, pour découvrir les pratiques agricoles alternatives. Comment nourrir les 9 milliards d’habitants annoncés en 2050? Est-on obligé d’utiliser des pesticides ? L’agriculture biologique est-elle une solution ? Après deux ans d’investigations, la journaliste livre une enquête optimiste dont l’objectif est de contredire les experts qui jugent que l’abandon des pesticides ou des cultures intensives ne se ferait qu’au prix d’une crise alimentaire majeure ou d’un retour à des pratiques agricoles archaïques.
« Les moissons du futur » de Marie-Monique Robin, coédition ARTE Éditions & La Découverte, 224 pages, 20¤ et DVD, 1h35mn, 15€
Pour aller plus loin:
L’agroécologie, quésako?
« L’agro-écologie, ce n’est pas seulement l’agriculture biologique, c’est un concept plus vaste, qui implique une réflexion globale. » Pour Marie-Monique Robin, il faut impérativement sortir du modèle de l’agro-industrie pour aller vers l’agro-écologie. Passer de la monoculture à la polyculture, réintroduire de la biodiversité dans les champs, miser sur la recherche, protéger la ressource en eau avec une irrigation réfléchie et l’utilisation de produits peu impactant, repenser le rôle des paysans, les circuits de distribution, sortir de la dépendance du pétrole et du gaz, etc. Autant de défis à relever alors que la menace d’une crise alimentaire pèse sur la planète.
Le chiffre: 37, 5 millions d’hectares
C’est la surface de terres agricoles cultivée en bio dans le monde, selon les estimations de l’Institut de recherche de l’agriculture biologique (FiBL) et de l’IFOAM (Fédération internationale des mouvements d’agriculture biologique). Une surface en progression, mais qui reste quand même marginale au regard du milliard et demi d’hectares qui sont cultivés au total dans le monde, selon la FAO, l’Organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture. Le marché mondial des produits bio représenterait quant à lui plus de 40 milliards d’euros et ne cesse de progresser. Il va bien falloir augmenter les surfaces cultivées correspondantes!
Extrait de wiki2d le Mag, numéro 7. Lire le supplément en ligne
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