
A l’occasion du mois de l’économie sociale et solidaire, la Cité des métiers organisait vendredi dernier une journée de réflexion, pour mieux comprendre ce secteur protéiforme, où rentabilité économique et éthique ne sont pas incompatibles.
« Ce qui nous rassemble, c’est la volonté d’entreprendre autrement, en mettant l’homme et la femme au coeur de l’économie, et plus la finance, introduit Michèle Tregan, conseillère régionale déléguée à l’emploi à la Région PACA. Et même s’il y a des dérives, des tentatives de récupération ou du « greenwashing », on sent que l’économie ne sera plus jamais comme avant. ».
RSE, ISR, ESS…la valse des mots
Un virage caractérisé par l’apparition des termes « responsabilité sociétale des entreprises » (RSE), « investissement socialement responsable » (ISR), « économie sociale et solidaire » (ESS), ou encore « social business » et « entreprise sociale » , deux appellations qui relèveraient presque de l’oxymore pour les puristes.
Ce flou sémantique traduit surtout une difficulté à surmonter un tabou: l’action sociale et solidaire doit-elle être réservée aux structures à but non lucratif ou peut-elle être menée par une entreprise qui générera du profit tout en remplissant une mission d’utilité sociale?
« En France, il y a encore une réticence à parler d’entreprise sociale, alors que cette notion est plus facilement acceptée aux Etats-Unis, au Royaume-Uni et même en Italie, constate l’économiste Jacques Defourny, membre de l’EMES, un collectif de chercheurs européens qui travaille sur la question de l’entrepreneuriat social.
Pour lever le flou autour de cette appellation, l’EMES a tenté de définir quelques critères: une entreprise sociale produit des biens et/ou de services, génère de l’emploi rémunéré, a un objectif explicite de service à la communauté, a un mode de gouvernance participatif, etc.
Le social devient rentable
Ces entreprises investissent des secteurs tels que l’insertion professionnelle ou la sensibilisation aux enjeux environnementaux pour créer de richesses et d’emploi, tout en intégrant des préoccupations sociales et environnementales.
Rien qu’en PACA, le secteur de l’ESS compte plus de 40 000 entreprises, employant 150 000 personnes, soit près de 10% des salariés de la région. Une économie qui ne connaît pas la crise puisque les acteurs de l’ESS se payent même le luxe d’afficher un taux de croissance de 3%.
Preuve de réussite ou de perversion? « Nous ne sommes pas là pour produire de l’entrepreneuriat pauvre, défend Jean-Pierre Martin, président de l’Union des couveuses d’entreprises. Les gens ne doivent pas se tourner vers l’ESS parce qu’ils ne trouvent pas d’emploi rémunérateur, comme c’est trop souvent le cas dans les pays en développement. »
Pour remplir sa mission, l’entrepreneur social doit donc construire un projet viable économiquement, même s’il se différencie des entreprises « classiques » parce qu’il n’a pas pour seul objectif le profit.
« Les entrepreneurs sociaux mesurent leur réussite grâce à d’autres critères, nuance Tarik Ghezali, délégué général du Mouvement des entrepreneurs sociaux (Mouves), un réseau lancé il y a un an et demi et qui compte quelque 300 adhérents en France.. Pour une entreprise d’insertion, le profit est tout aussi important que le nombre de salariés qu’elle aura accompagné vers un emploi stable par exemple. »
Une vision qui séduit de plus en plus les écoles de management, avec « des étudiants qui veulent donner un sens à leurs compétences en gestion », décrit Jacques Defourny.
Des aides pour développer le secteur
Si le secteur semble en pleine explosion, les acteurs de l’ESS ne seraient pourtant pas contre un coup de pouce des pouvoirs publics. « En soumettant les aides aux entreprises à des critères sociaux et environnementaux, on soutiendrait les acteurs de l’ESS tout en incitant des entreprises classiques à aller vers des activités plus responsables », propose Tarik Ghezali.
Et il se pourrait qu’il soit entendu: la RSE et l’économie sociale étaient au coeur des réflexions de la commission européenne, qui a publié, le 25 octobre dernier, un document intitulé « Responsabilité sociale des entreprises: une nouvelle stratégie de l’UE pour la période 2011-2014 », dans le but d’inciter les entreprises à mettre en oeuvre une démarche RSE.
RSE et ESS, quelle différence ?
Denis Stokkink, économiste et président du Think Tank Pour la solidarité, différencie ces deux approches « En s’engageant dans une démarche RSE, une entreprise intègre volontairement des préoccupations sociales et environnementales à ses activités commerciales et à sa relations avec les parties prenantes. Mais son objectif principal reste le profit, la RSE n’est qu’un moyen de limiter ses nuisances. En revanche, une entreprise de l’ESS a pour finalité le service rendu et non le profit »
Plus d’infos sur le mois de l’ESS sur le site dédié
Spot_lancement_BrunoSolo_MOIS-ESS2011.mp4 par Econoviaouest
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