Festival d’Avignon: Quel bilan environnemental pour l’édition 2012? - Lundi 6 août 2012

Source : Rédaction wiki2d - Carole Hoareau redacwiki2d@gmail.com

Photo Ange Esposito

Le rideau est tombé sur le plus grand théâtre du monde, qui a accueilli, cette année encore, plus d’un million et demi de visiteurs. Et après trois semaines de festival, Avignon quitte son costume de scène:  finis les affiches, les flyers, les parades d’artistes et la foule de festivaliers. Alors que la ville procède à un grand nettoyage, wiki2d fait le bilan des actions éco-responsables mises en oeuvre pendant l’évènement.

64 tours du monde

Si le « Off » peine encore à s’organiser pour limiter son impact environnemental, le Festival avec un grand F – celui des cloîtres et des cours d’honneur – lui, fait figure d’exemple dans la profession. Le « In » se distingue notamment parce qu’il est un laboratoire pour la recherche et la promotion d’éclairages scéniques économes en énergie, en association avec les créateurs.

« Cela fait partie des actions qui sont moins visibles pour le public. Mais pour les équipes techniques, utiliser des LED, c’est un véritable défi. Et pour l’instant les retours sont très positifs« , constate Anouk Landy, assistante administrateur au Festival

Mais ce poste de dépenses d’énergie n’est pas le plus « polluant », si l’on s’en tient au bilan carbone réalisé en 2010. Ainsi, le bilan carbone® du Festival d’Avignon fait apparaître trois postes principaux d’émissions : les achats et les déplacements qui comptent chacun pour un quart des émissions de CO2 – soit environ 168 tonnes équivalent CO2 – et le fret, qui représente 20% des émissions, avec 131 tonnes équi. CO2.

Au total, l’empreinte carbone du festival est estimée à 667 tonnes équi. CO2, soit 13 kg par festivalier. Pour se faire une idée, cela équivaut à 64 tours du monde en voiture. Pour diminuer son empreinte carbone, de nombreuses initiatives ont été lancées au fil des années, comme la mise en place de navettes pour accéder aux lieux de spectacle ou le tri sélectif  des déchets.

Une charte pour le Off

En revanche, dans le « Off », tout est plus compliqué. On a affaire à une pleïade de compagnies, près de 1200 cette année, qui n’ont que peu de relations entre elles et avec Avignon Festival et Compagnie (AF &C).  L’association, qui édite les programmes du off et les cartes d’adhérents, peine à mettre en place des actions collectives.

Pour uniformiser les pratiques, cette année, une Charte du off a été rendue publique. Son objectif:  »encourager les pratiques les plus exemplaires, particulièrement en ce qui concerne les responsabilités civiles, économiques, sociales et environnementales de ses principaux acteurs« .

Ce document est surtout un engagement de principe, sa signature n’étant pas obligatoire pour participer au Off. AF &C invite notamment les lieux et compagnies du Off « à réduire autant que possible l’impact environnemental du festival en pratiquant notamment le tri sélectif des déchets, la récupération des matériaux recyclables, les économies d’énergie, le covoiturage, le transport partagé et un affichage responsable ».

En revanche, la journée de l’environnement, qui a été organisée en 2009, 2010 et en 2011 au Village du Off, ne s’est pas tenue cette année. Jean-Luc Fauche, de l’association 5′hop, qui organise le Prix tournesol de l’environnement, pense à une suspension momentanée:

« Cette journée était notamment portée par Pierre Lambert, responsable de la commission écologie chez Avignon Festival &Compagnie, mais aujourd’hui, il n’y a plus d’interlocuteur en charge des questions d’environnement. Cependant, nous continuons à avoir des discussions avec les responsables de l’association pour faire avancer la thématique éco-festival« .

Seule initiative pérenne: l’organisation du Prix Tournesol de l’environnement, qui cette année encore, a récompensé les spectacles qui mettent les enjeux environnementaux et sociétaux à l’honneur (voir le palmarès). L’association compte toujours une centaine de spectacles « écolos » sur le millier présenté au festival, preuve que la thématique séduit les artistes, selon Jean-Luc Fauche:

« Même si le grand public ne nous connaît pas encore beaucoup, les compagnies, elles, sont de plus en plus nombreuses à se signaler auprès du jury du Prix Tournesol.  Et la remise du prix 2012 par deux vedettes – l’humoriste Christophe Alévêque et le comédien Jacques Martial – nous aide à asseoir notre crédibilité. Mais ce n’est pas avec notre prix qu’on fera bouger le Off: il faut un vrai partenariat entre les associations, la mairie et les compagnies ».

Grand nettoyage post-festival

Il faut dire que le gros défaut du off, c’est sa capacité à produire toujours plus de papier chaque année. Les chiffres donnent le tourni: près de 140 000 programmes, 150 m3 d’affiches et des millions de tracts. Les compagnies sont très attachées à ces outils de promotion indispensables pour espérer faire connaître leur spectacle. Mais s’ils font partie du folklore du festival, affiches et surtout flyers donnent du fil à retordre au service de la propreté de la ville d’Avignon. Difficile de savoir combien sont distribués, mais on estime que chaque compagnie en distribue en moyenne 30 000 pendant les trois semaines de festival, soit…plus de 30 millions. Largement de quoi remplir les poubelles.

Avec un peu de chance, le flyer atterrit « dans les toilettes d’une étudiante en lettres modernes« , pour citer Fuck Off, le spectacle de Nicolas Maury, ou dans l’une des 35 corbeilles à papier spécialement installées. Mais plus souvent, il finit dans l’une des 500 poubelles mises à la disposition du public… ou par terre.

Du coup, au moment du nettoyage, la ville sort les grands moyens et consacre pas moins de 43 000€ au nettoyage de la ville fin juillet. Laveuses, décrasseuse, groupes mobiles haute pression, le bal des machines à faire du propre a rythmé la semaine « post-festival ». 45 agents ont été spécialement affectés à l’enlèvement des affiches, qui seront incinérés et valorisées de manière énergétique. Et le bal reprendra l’année prochaine.

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