ZAPA: Vers une exclusion des véhicules polluants dans les grandes villes ? - Lundi 16 avril 2012

Source : Rédaction wiki2d - Rémi Aguado redacwiki2d@gmail.com

A partir de cet été, huit communes ou groupements de communes vont expérimenter une nouvelle mesure destinée à lutter contre la pollution de l’air : interdire leur accès aux véhicules les plus polluants. Vous habitez Aix-en-Provence, Nice, Paris, Saint-Denis, Lyon, Bordeaux, Grenoble, ou Clermont-Ferrand, voici ce qui vous attend !

Le projet ZAPA (Zones d’actions prioritaires pour l’air) qui était dans les cartons depuis de longs mois (voir notre article de mars 2011), préconisait d’interdire les véhicules les plus polluants dans huit communes françaises – dont Paris et Aix-en-Provence.

Depuis le début du mois, ce projet revient sur le devant de la scène après la publication au Journal Officiel d’un décret qui définit les sanctions applicables auxquelles s’exposeront dorénavant les usagers de la route en cas de non respect des mesures : 135 euros pour les poids-lourds, les bus et les autocars contrevenants et 68 euros pour les autres véhicules, sans retrait de points.

Quels véhicules pourraient être concernés ?

Si aucune liste des véhicules prochainement interdits de circulation dans ces zones n’existe, plusieurs pistes ont été évoquées ces derniers mois.

Les véhicules fonctionnant au diesel, qui représentent 58% du parc automobile français, pourraient ainsi être particulièrement visés par le décret.

Par ailleurs, l’Agence de l’Environnement et de la Maitrise de l’Energie (ADEME), estime que le pourcentage de véhicules non autorisés serait de « 64% pour les bus et autocars, 57% pour les poids lourds, 43% pour les véhicules utilitaires légers et 38% pour les véhicules légers ».

Si pour le moment aucune catégorie de véhicules n’est bannie, l’appréciation est laissée libre aux communes.

Le décret du 20 février 2012  »renvoie aux ministres chargé des transports de l’environnement, de l’intérieur et des collectivités territoriales, le soin d’établir une nomenclature de véhicules tenant compte de leur date d’immatriculation, de la norme européenne d’émission qui leur est applicable ou de leur motorisation« . Il convient ainsi à chacune de ces huit villes ou agglomérations de décider des conditions d’accès dans sa zone. Un périmètre qui pourra aller d’un quartier à la ville entière, voire au-delà des frontières de la commune. Le dispositif pourrait prévoir également de moduler les horaires d’interdictions.

Intégrer une démarche globale

Mais d’autres efforts restent cependant à fournir pour rendre ce projet réellement juste et efficace en termes de diminution des taux de pollution…

« Si cette initiative n’est pas mise en perspective dans un schéma global et cohérent de développement des transports en commun, elle ne sera qu’un gadget de plus sans véritable effet – comme la réduction à 110km/h l’été pour limiter les pics de pollution à l’ozone », estime le Dr Patrice Halimi, chirurgien-pédiatre à Aix-en-Provence et également Secrétaire Général de l’Association Santé Environnement France (ASEF) – qui réunit près de 2 500 médecins en France. Selon lui, « pour avoir de réels résultats, il faudrait se donner des objectifs forts telle qu’une baisse de 50% du trafic sur autoroutes urbaines et une baisse de 20 à 30% du trafic en ville et périphérie proche ».

Un enjeu sanitaire

Ce décret marque l’aboutissement du “projet ZAPA” et la volonté de l’État d’étendre l’expérimentation de l’exclusion des véhicules polluants dans les plus grandes villes. Et l’enjeu de ce projet est avant tout sanitaire comme le rappelle le Dr Halimi : « Prenons par exemple les microparticules, émises par les véhicules diesel, elles progressent jusqu’au bout des voies respiratoires, atteignent les alvéoles et entraînent des maladies pulmonaires. Elles pénètrent ensuite dans la circulation sanguine et provoquent aussi des problèmes cardiovasculaires en bouchant les petits vaisseaux. Au cours de leur voyage au centre de nos corps, elles peuvent déclencher: bronchites chroniques, asthme, cancers du poumon, accidents vasculaires cérébraux (AVC) ou encore infarctus du myocarde »

En moyenne sur une année, on observe que les jours où les concentrations de particules fines sont élevées, les hospitalisations augmentent, de même que les taux d’infarctus ou d’AVC. Ainsi, « une hausse de 10 microgrammes par m3 de la dose journalière entraîne en moyenne deux fois plus d’hospitalisations d’enfants et de personnes âgées. »

En 2005, une étude cordonnée dans les 25 pays de l’UE estimait que la pollution de l’air par les particules fines était responsable de 40 000 décès prématurés chaque année.

L’an dernier, le projet Aphekom, mené par l’Institut de Vieille Sanitaire (InVS), a livré à son tour un résultat alarmant, estimant que la perte d’espérance de vie liée aux particules fines pour les personnes de 30 ans et plus est de 5,8 mois à Paris et 5 mois à Bordeaux. A Marseille, si on respectait l’objectif de qualité de l’OMS (10 microgrammes/m3), l’espérance de vie pourrait augmenter de 8 mois.

Depuis 2006, une centaine de « Low Emission Zones » (L.E.Z.) ont vu le jour dans différents pays européens afin de réguler la circulation des véhicules les plus polluants. Et les premiers résultats semblent concluants, les études ayant montré une baisse de 20 à 30 % des émissions polluantes dans ces L.E.Z.

Vous habitez Paris, Saint-Denis, Lyon, Bordeaux, Nice, Grenoble, Clermont-Ferrand ou Aix-en-Provence… ou tout simplement vous vous sentez concerné par la mise en place des futures ZAPA ? Faites-nous part de votre témoignage dans les commentaires. En quoi la limitation des véhicules polluants dans les villes va changer votre quotidien ? Comment allez-vous vous adapter ? Estimez-vous cette mesure légitime ?

Lire aussi :

Pollution: Cet hiver, nos poumons ont trinqué! En bref: Les véhicules polluants bannis des centres-villes d’Aix et de Nice ? Transport: Comment passer à l’éco-mobilité?

4 commentaires sur “ZAPA: Vers une exclusion des véhicules polluants dans les grandes villes ?”

  1. Conducteur du dimanche dit :

    Hourra ! La ville d’Aix va pouvoir écarter encore plus les citoyens modestes et précaires de son centre Ville !!! Encore une mesure pleine de bonne volontés mais qui sanctionne une fois de plus les consommateurs et non tous ce qu’il y a en amont. 
    J’attend impatiemment de voir quels véhicules vont être concernés et dans quelles zones. 

  2. pieeb dit :

    pas le cayenne pas le cayenne sinon avec quoi va rouler l ‘aixoise ???

  3. ... dit :

    qu’on commence par interdire les camions et les 4×4. Et puis quand la ville d’Aix montrera l’exemple avec ses propres véhicules municipaux, elle pourra ensuite demander aux autres de faire la même chose. Car là on est très loin du compte, n’est-ce pas Madame Joissains ?

  4. Coq dit :

    Bonjour
    J’habite Aix à quelques centaines de mêtres à l’ouest de la rocade qui passe sous Corsy. Si l’on veut diminuer la pollution atmosphérique et sonore dans AiX, que l’on commence à limiter à 90km/h la vitesse sur les autoroutes/rocades qui encerclent la ville à l’ouest et au sud (en fait ces voies rapides traversent maintenant la ville).Cela se fait en Allemagne et en Suiisse autour des grandes villes. La diminution de consommation de carburant entre 110 et 90km/h est impressionnante surtout en montée comme c’est le cas en allant vers Célony.
    Que l’on y mette des radars pour faire respecter ces limites.
    Madame Joissains, député, maire et présidente de la CPA a suffisamment de pouvoir et d’influence pour obtenir et imposer ces mesures qui ne sont que bon sens. Merci. Philippe Coq 

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